Impact du robot de traite sur la qualité du lait


53 exploitations suivies en Pays de Loire.
Depuis 2000, plusieurs études ont montré que le robot de traite a tendance à affecter la qualité du lait, en particulier la concentration en cellules somatiques (CCS).

Pour évaluer cet impact, le GDS du Maine-et-Loire et l’école nationale vétérinaire de Nantes ont suivi 53 exploitations laitières qui ont installé leur robot entre juin 2009 et mai 2014. Ces exploitations, des départements 44 et 49, possèdent en moyenne 54 vaches à la traite pour un quota laitier moyen par stalle de 500 000 litres.

La marque Lely représente 77 % des robots étudiés, les 33 % restants sont de marque Delaval. Seuls 21 % des exploitations sont équipées d’un système de désinfection des manchons trayeurs dès l’installation du robot ; 11 % optent pour un compteur cellulaire. Aucune exploitation ne dispose des deux outils dès l’installation du robot.

Pour chaque exploitation, ont été recueillies les données du contrôle laitier ainsi que les données provenant des laiteries (paiement du lait) sur une période allant de deux ans avant à deux ans après l’installation du robot quand cela est possible.

Une vache laitière est considérée infectée si sa concentration en cellules somatiques individuelle (CCSI) est supérieure à 200 000 cellules/ml. La concentration en cellules somatiques du lait de troupeau (CCST) a permis de définir trois groupes d’exploitations en fonction du niveau de prévalence des infections intramammaires constatées sur 22 contrôles laitiers avant installation du robot (tableau 1 ci-dessous).

Groupe de prévalence ⇒ Faible Moyenne Elevée
       
Conditions d’appartenance ⇒
Au moins 50 % de CCST <= 200 000 cellules/ml -si au moins 50 % de CCST compris entre 200 000 et 260 000 cellules/ml

-si l’exploitation ne peut appartenir à aucun des deux groupes

Au moins 50 % de CCST >= 260 000 cellules /ml
Effectif ⇒
12 22 19

L’impact sur le paiement du lait

-Concentration en cellules somatiques (CCS) : l’installation du robot de traite entraîne en moyenne, les premiers mois, une augmentation de la CCS du lait de mélange d’environ 100 000 cellules/ml. Puis on constate un retour progressif à la situation initiale. Néanmoins, l’augmentation est visible quelques mois avant l’installation, ce qui suggère une baisse de vigilance des exploitants avant l’arrivée du robot (suppression du dernier contrôle Optitraite, prolongement de la durée de vie des manchons) ou une conservation de vaches laitières infectées chroniques dans la crainte de ne pas réaliser le quota.

22 exploitations livrent au moins une fois du lait à plus de 400 000 cellules/ml au cours de 2 années précédant l’installation du robot. Elles sont 37 sur les 2 ans suivant l’installation. Pour ces exploitations cette défaillance survient 5,5 fois en moyenne sur cette période. Les conséquences économiques de l’installation d’un robot de traite peuvent être très importantes.

-Spores butyriques: l’installation du robot n’entraîne pas d’augmentation de la fréquence de pénalités (1000 spores/l) pour ce critère. Toutefois, la concentration en spores butyriques augmente de 32% en moyenne la première année après l’installation du robot (de 810 à 1070 spores/I). Un retour à la situation initiale est visible au cours de la seconde année. Une prise en compte du problème par les exploitants est sans doute à l’origine de cette évolution favorable (amélioration de l’hygiène du logement).

-Germes totaux : la concentration en germes totaux augmente de 63% en moyenne lors de l’installation du robot (15 500 germes/ml avant et 25 300 germes/ml après). Le seuil de pénalités de 50 000 germes/ml n’est jamais atteint. Du lait stagnant à température ambiante dans les conduites du robot pourrait expliquer cette évolution.

-Indice de lipolyse : il augmente de 46% en moyenne lors de l’installation du robot (0,56 meq/100gMG avant le robot, 0,84 après). 13 exploitations dépassent au moins une fois le seuil de 0,89 meq/100gMG au cours des 2 années précédant l’installation du robot. Elles sont 32 sur les 2 ans suivant l’installation. Pour ces exploitations cette défaillance survient 3,6 fois en moyenne sur cette période. Des problèmes de réglages du tank (surtout lorsqu’il est peu rempli), une action directe du robot et du lactoduc (diamètre, angles droits) sont évoqués.

Toutefois, l’augmentation de la fréquence de traite est connue pour favoriser la lipolyse.

-Point de congélation du lait : Aucun impact de l’installation du robot n’est visible sur ce critère.

-Présence d’inhibiteurs: ici encore, aucun impact de l’installation du robot n’est visible. La présence d’inhibiteurs reste accidentelle.

Impact sur la maîtrise des infections intrammaires

Le graphique ci-dessous montre une augmentation durable de la CCST moyenne de l’échantillon après l’installation du robot. Après 18 mois environ, la CCST moyenne est revenue au niveau de départ. Cette évolution est visible quel que soit le groupe de prévalence (Tableau 1 plus haut).

Graphique cellules somatiques

15 exploitations (28% de l’échantillon) ont, sur les 6 premiers mois d’utilisation du robot, une CCST moyenne supérieure au seuil de 400 000 cellules/ml. La majorité d’entre elles sont des exploitations du groupe de prévalence « élevée ». Le préjudice financier lié aux pénalités est d’autant plus fréquent et important que le niveau de CCST initial est élevé.

L’incidence des pratiques des éleveurs

Lors de cette étude, une soixantaine de pratiques ont été analysées. Seules 3 pratiques ayant une influence sur l’incidence des infections intramammaires ont pu être mises en évidence. Ainsi, saturer le robot de traite (plus de 60 vaches par stalle), négliger une bonne hygiène du logement (litière paille plutôt que sciure), ne pas désinfecter correctement le trayon avant l’administration d’une pommade intramammaire, favorisent la survenue de nouvelles infections lors de l’installation du robot. A noter également que l’efficacité d’un système de désinfection des manchons trayeurs (à froid ou à la vapeur) n’a pu être mise en évidence.

Conclusion

Cette étude montre que les exploitations souhaitant s’équiper d’un robot de traite doivent veiller à bien maîtriser les infections intramammaires plus d’une année avant l’installation. Des CCST inférieures à 200000 cellules/ml sur cette période permettent en moyenne de limiter la dégradation mais pas de l’éviter. Une politique de réforme des animaux infectés chroniques doit être entreprise bien en amont de l’installation du robot.


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